Guinée : 300 millions d’euros pour la route Labé-Tougué, l’Assemblée nationale formule 20 recommandations

L’Assemblée nationale examine le financement du projet de construction et de bitumage de la route nationale Labé-Tougué, incluant la bretelle Banti-Koubia. D’un montant de 300 millions d’euros, cette convention de financement prévoit la réalisation de plus de 160 kilomètres de routes et la construction d’un pont de 200 mètres sur le fleuve Bafing. Dans son rapport d’examen d’octobre 2026, la Commission des Affaires économiques et financières, du Plan et de la Coopération a formulé 20 recommandations visant notamment à renforcer le contrôle des travaux, la transparence financière et la durabilité des infrastructures.
Signée le 20 juillet 2026 entre la République de Guinée et un consortium de six établissements financiers, la convention porte sur un projet dont le coût des travaux et des aménagements est estimé à 289,55 millions d’euros, au sein d’une facilité de financement globale de 300 millions d’euros, frais de transaction compris.
Le projet concerne un linéaire total de 160,303 kilomètres, réparti entre 148,860 kilomètres pour la route nationale Labé-Tougué et 11,443 kilomètres pour la bretelle Banti-Koubia. Il prévoit également la construction d’un pont de 200 mètres sur le fleuve Bafing. L’exécution des travaux est confiée à la Compagnie Sahélienne d’Entreprise (CSE), dans le cadre d’un contrat de conception, de réalisation et de mobilisation du financement. Le délai prévisionnel d’exécution est fixé à 36 mois.
Selon le rapport présenté par le rapporteur général, l’honorable N’Gouamou Fabara Koné, ces infrastructures doivent contribuer au désenclavement de plusieurs localités de la Moyenne-Guinée et de la Haute-Guinée, notamment dans les préfectures de Labé, Tougué, Koubia, Dinguiraye et Siguiri. L’objectif est de faciliter les déplacements, de réduire les coûts de transport, d’améliorer l’accès aux services sociaux de base et de favoriser l’acheminement des productions agricoles et pastorales vers les marchés.
Le financement est réparti entre une ligne de crédit conventionnelle et une ligne de crédit islamique de type Mourabaha. Les conditions financières mentionnées dans le rapport comprennent notamment un taux indexé sur l’Euribor à six mois, majoré d’une marge annuelle de 4,15 %, une maturité de sept ans à compter de la première utilisation et un différé de remboursement de 24 mois, suivi de onze échéances semestrielles.
Toutefois, l’examen de la convention en commission et en intercommissions, les 13 et 15 octobre 2026, a soulevé plusieurs préoccupations. Les députés se sont notamment interrogés sur la justification des coûts, les commissions d’engagement, les risques liés à une dépréciation du franc guinéen face à l’euro, ainsi que les modalités d’indemnisation des personnes affectées par les travaux. Les questions relatives au contrôle technique, à la maintenance des infrastructures, aux impacts environnementaux et sociaux et au calendrier de démarrage effectif du chantier ont également été abordées.
Face à ces préoccupations, le rapport formule 20 recommandations à l’endroit du Gouvernement. L’Assemblée nationale préconise notamment l’accélération des décaissements, l’élaboration d’une mercuriale des prix pour mieux encadrer les coûts des travaux publics et le renforcement du contrôle de l’exécution contractuelle. Elle recommande également la mise en place d’un référentiel national d’indemnisation des personnes affectées par les projets d’infrastructures et le respect des exigences liées au contenu local, notamment l’emploi de la main-d’œuvre nationale et la participation des entreprises guinéennes.
La commission insiste par ailleurs sur la nécessité de recruter rapidement un bureau de contrôle et de supervision qualifié, de renforcer les capacités nationales de vérification de la qualité des matériaux et de prévoir un calendrier précis de maintenance des ouvrages. Elle demande aussi au Gouvernement de transmettre tous les six mois à la représentation nationale un rapport détaillé sur l’avancement physique et financier du projet.
La provision de 23,917 millions d’euros destinée aux aléas et à la révision des prix fait également l’objet d’une attention particulière. Estimée à environ 8,25 % du coût du projet, elle est jugée élevée par les députés, qui recommandent de limiter son utilisation aux dépenses dûment justifiées et documentées. Pour les futures conventions, ils préconisent un taux de référence de l’ordre de 5 %, sauf justification technique et financière permettant de retenir un taux supérieur.
D’autres recommandations portent sur la protection des travailleurs, le contrôle du poids des véhicules pour prévenir la dégradation prématurée de la chaussée, la transparence dans la passation et l’exécution des marchés publics, ainsi que la prévention des risques de corruption et de conflits d’intérêts. Un mécanisme de réception et de traitement des plaintes des populations affectées, des travailleurs et des entreprises est également préconisé.
Au terme de son examen, la Commission des Affaires économiques et financières, du Plan et de la Coopération invite la plénière à autoriser la ratification de la convention de financement. Elle souligne toutefois que la réalisation du projet devra s’accompagner d’une gestion financière rigoureuse, d’un suivi technique efficace et du respect des engagements sociaux et environnementaux afin de garantir la durabilité des infrastructures et la protection des intérêts de l’État guinéen.
Thierno Amadou Diallo




